ACTUALITÉ


 

Exposition à Le Select,

Boulevard Montparnasse à Paris

du 15 Mai au 5 Juin 2022

Commissariat d’exposition : Kat Sroussy de S. une Galerie

Acryliques sur toile et séries limitées signées et numérotées
(Hahnemühle Agave 290g), 35 pièces seront présentées en ce lieu si mythique.

Merci
à Kat Sroussy de S. une galerie pour cette invitation,
à Le Select Montparnasse d’accueillir mon travail,
à Lisa et Maud de Lebolabo pour le travail d’impression,
à Ghyslain, Marianne et Mélanie.

Located in the 6th Arrondissement of Paris, Le Select Montparnasse
is a well known brasserie, famed for its place in the lore of 1920s Paris.
Many of the great modernists spent time in Le Select, most famously,
Ernest Hemingway and Pablo Picasso.
Hemingway even included the café in his famous novel, The Sun Also Rises.


Le tourbillon - 130cm x 100cm

Le tourbillon – 130cm x 100cm

 


 

 


Exhibition – Guardian Fine Art Asia
october, GFAA 2022
Frogman Art Gallery
Beijing, China


 

 


” La chambre de la rue de la porte de la monnaie “

La semaine dernière, j’ai rendu visite à un ami peintre à Bordeaux. Au hasard de nos rencontres, il me parle des grands noms de l’histoire de l’art. Des mouvements fondateurs. Des grandes ruptures. Des grands inventeurs. J’aime l’écouter. Je lui parle de mes recherches. Il m’a invité pour la première fois dans son appartement qui est également son atelier. Pas de femme ni d’enfant. Il vit seul avec sa peinture. En ascète. Le rythme de ses journées est complètement erratique. Il peut s’endormir le soir à neuf heures et se lever dans la nuit pour peintre jusqu’à six heures, se recoucher et se réveiller au matin pour découvrir son travail à la lumière du jour. C’est un lieu hors du temps. La chambre de Van Gogh. Un petit lit. Très haut et très vieux. En bois, avec un gros édredon rouge de grand-mère. Une table basse. Deux tasses à café et la cafetière froide. Une grande table en bois ovale, délavée, lui sert de support de travail. Une large fenêtre laisse entrer un soleil d’avril très vif. Sur la cheminée, des pots de peintures, des pigments et des pinceaux. Des livres. L’appartement est vide de tout ce qui n’est pas peinture. Le bois du parquet est délavé également par le blanc de la peinture nettoyée à la serpillère. Les murs sont recouverts des toiles de la série en cours. Épaisses. Toutes du même format, ou plus exactement de deux formats, sensiblement identiques. Il me parle de Nicolas de Staël, de Piet Mondrian, de Willem de Kooning et plus encore, de la peinture, de l’abstraction, des couleurs, des espaces et du sujet. Je circule en sa compagnie de l’espace à l’objet et de l’objet à la matière. Il me livre des trésors de savoir. Je l’écoute attentivement. Je comprends. Il me perd parfois. Il poursuit. Il me touche. L’épaule, le bras. Il me dit “mon ami”. Je comprends qu’il sait. Qu’il sait quelque chose qui m’est encore étranger. Il insiste avec patience pour que je comprenne. Il fait tout pour. Il veut que je comprenne sa peinture mais plus encore, la peinture. La couleur. Les circulations. Les respirations. Je décide alors qu’à l’issue de cette visite, je ne toucherai plus jamais à un pinceau. Cette décision me rend heureux. Je n’ai plus besoin de peindre, puisqu’il est là. Puisqu’il sait et qu’il m’explique. Pourtant, peu à peu je me reprends. Je vois ses toiles. Je ressens la matière sous ses doigts. Je comprends ses doutes, ses errements et ses obsessions. J’ai des pistes. Des intuitions fortes. Je rentre. Tard. Je n’ai pas vu filer le temps. Je décide alors de parcourir de Staël et les autres. Pour comprendre. Je fais une toile. Des espaces. Des sujets. Abstraites. Pas de ligne. Une deuxième toile. Des circulations. Des oppositions complémentaires. Je stoppe. Je prends un carnet à dessin et puis… rien. Rien ne vient. Paraphraser de Staël. Pourquoi faire ? Je reprends mon carnet – je quadrille ma feuille. Points de forces. Rien. Une abstraction ? Bien sûr que non. Et puis, une fenêtre – triangulaire – pénétrante – saillante. Une table ovale, un lit, haut, en bois, vieux avec un édredon… il sera rouge… des toiles qui débordent, partout. Je suis envahi. A nouveau. Ça y est. Me voilà dans l’appartement de la rue de la porte de la monnaie. Chez lui. Dans son atelier. Dans sa chambre, sa table, dans ses toiles. Ses toiles sur les murs. Je suis dans sa peinture. Ma peinture se déroule alors devant moi. Les couleurs. Le profil de mon ami. Il est rose. Un tapis, vert chatoyant. Une prairie. Et puis une croix. La fenêtre se dessine. Le croisillon supérieur s’incline. Étrangement. La lumière entre dans l’appartement. Incroyable. Les toiles s’interpénètrent pour dessiner un vitrail. La lumière encore. Je travaille alors sans relâche. La toile m’obsède. Elle m’envahit. Je me lève tôt et me couche tard pour m’y consacrer. A n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Erratique. 

Et puis voilà. Ce matin. La toile est terminée.

JLF, Bordeaux, April 2018


 


 

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